Guitare, violon, harpe, piano : ces instruments n’ont pas la même allure ni le même jeu, mais tous reposent sur le même principe. Un instrument de musique à cordes fait naître le son à partir d’un fil tendu qu’on met en mouvement. Voyons ce que cela recouvre, comment le son se forme et comment on classe cette immense famille.

Qu’est-ce qu’un instrument à cordes ?

Un instrument à cordes est un instrument dont le son est produit par une ou plusieurs cordes tendues qui vibrent. Les musicologues parlent aussi de cordophone. Dans la classification Hornbostel-Sachs, qui range les instruments selon la matière qui vibre, les cordophones forment une catégorie à part, aux côtés des aérophones (l’air vibre), des membranophones (une peau vibre) et des idiophones (le corps de l’instrument vibre lui-même).

Concrètement, on reconnaît un cordophone à trois éléments : une ou plusieurs cordes, un support qui les maintient sous tension (manche, cadre, caisse) et un moyen de les faire vibrer, que ce soit les doigts, un plectre, un archet ou des marteaux. Le reste, comme la forme ou la taille, varie énormément d’un instrument à l’autre.

Comment une corde produit-elle du son ?

Une corde seule produit un son très faible. Lorsqu’on la pince, la frotte ou la frappe, la corde vibrante déplace à peine l’air autour d’elle. Ce qu’on entend vraiment vient de l’amplification : la vibration passe par le chevalet, petite pièce qui soutient les cordes, puis se transmet à la table d’harmonie, la plaque de bois de l’instrument. Celle-ci entraîne l’air enfermé dans la caisse de résonance, ce qui renforce le son et lui donne son timbre.

La hauteur de la note dépend de la fréquence de vibration, c’est-à-dire du nombre d’allers-retours de la corde par seconde. Plus la fréquence est élevée, plus le son est aigu. Trois paramètres la déterminent, et c’est tout le principe de l’accordage.

Trois leviers pour changer la note d’une corde

Une corde plus courte, plus fine ou plus tendue donne un son plus aigu. À l’inverse, une corde longue, épaisse ou détendue sonne plus grave. Sur une guitare, le guitariste raccourcit la corde avec ses doigts sur le manche, tandis que la clé d’accordage règle la tension de la corde (pour remplacer les cordes usées, voyez changer ses cordes de guitare folk).

Les grandes familles : pincés, frottés, frappés

Guitare violon et harpe alignes sur une table

On classe les instruments à cordes selon la façon dont on met la corde en vibration. Cette logique est la plus utile pour s’y retrouver, et elle donne trois grandes familles. Chacune a ses exemples emblématiques.

Famille Mise en vibration Exemples
Instruments pincés Doigts ou plectre Guitare, harpe, luth, lyre
Instruments frottés Archet (crins frottant la corde) Violon, alto, violoncelle, contrebasse
Instruments frappés Marteaux ou baguettes Piano, cymbalum

Un instrument pincé produit un son qui s’éteint assez vite après l’attaque, ce qui lui donne son caractère percussif ou cristallin. Un instrument frotté peut au contraire tenir une note aussi longtemps que l’archet bouge, avec de nombreuses nuances d’intensité. Un instrument frappé déclenche la vibration par un choc, souvent via un mécanisme à touches.

Certains instruments sortent de ce cadre. Le clavecin possède un clavier comme le piano, mais ses cordes sont pincées par de petits plectres, ce qui en fait un instrument pincé. Quant à la guitare, on peut aussi la frotter avec un archet ou la frapper, même si ce n’est pas son usage habituel.

Les principaux instruments à cordes

La guitare est sans doute la plus répandue. Six cordes, un manche à frettes et une caisse en forme de huit : elle traverse le classique, le flamenco, le rock et la variété. Sa version électrique remplace la caisse de résonance par des micros et un amplificateur, ce qui prouve que le principe de la corde vibrante survit à l’électronique.

Le violon et sa famille (alto, violoncelle, contrebasse) forment le cœur de l’orchestre. Leurs quatre cordes, accordées en quintes, sont jouées à l’archet, et la table d’harmonie en épicéa fait toute la qualité du timbre. La harpe, elle, déploie des dizaines de cordes verticales, sans manche : chaque corde donne une seule note.

Le piano est à part. Ses 88 touches commandent des marteaux qui frappent des cordes de longueur et de tension différentes, ce qui lui offre une tessiture très étendue. La cithare, avec ses cordes tendues sur une caisse plate, et la lyre, avec ses deux bras reliés par une traverse, rappellent de leur côté des formes très anciennes.

Origines et évolution historique

Lyre antique en bois aux cordes tendues

Les cordophones comptent parmi les plus vieux instruments connus. L’arc musical, une corde tendue sur un arc de bois, est sans doute l’ancêtre de toute la famille. Les civilisations mésopotamiennes, égyptiennes et grecques jouaient déjà de la harpe et de la lyre, dont la forme est restée remarquablement stable.

Au Moyen Âge, l’Europe adopte et transforme plusieurs modèles venus d’Orient. Le luth, introduit par le monde arabe, devient l’instrument des cours et des troubadours. La vielle, la rebec et les premières vièles, jouées à l’archet, préparent l’arrivée du violon au XVIe siècle. Le clavecin apparaît à la fin de cette période, avant que le piano, inventé vers 1700, ne le remplace progressivement.

Depuis, les facteurs n’ont cessé d’ajuster la caisse, les cordes et le chevalet pour gagner en puissance et en précision. Avec la guitare électrique au XXe siècle, la famille s’est encore élargie, sans rien changer à ce qui la définit : une corde tendue, qui vibre.